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12 avril 2014 6 12 /04 /avril /2014 09:20

Je me suis longtemps demandé ce qu'une éducation faite à partir de tablettes numérique produirait ? En effet, on ne peut concevoir que jouer au ballon dans la rue et prendre une bière avec les copains ou passer tout son week-end sur une Play Station et facebook puissent produire le meme résultat .  Voici ci dessous un élément de réponse intéressant : 

 

LE FIGARO - Que révèle selon vous le terrible fait divers de Narbonne, où deux jeunes filles avaient planifié d'éliminer la famille de l'une d'entre elles et ont enfoncé un couteau dans le cou du petit frère?

XAVIER POMMEREAU - Je constate au quotidien dans mon service de prise en charge psychiatrique des adolescents une augmentation sensible de la violence des jeunes filles. Quand j'étais jeune psychiatre, les jeunes filles réagissaient face aux événements qui les faisaient souffrir ou qui les dépassaient par une crise de larmes, ou une crise de nerfs, voire de spasmophilie. Aujourd'hui, elles «pètent un câble», expliquent-elles. Elles expriment leurs contrariétés extrêmes par la violence comme les jeunes garçons. Mais les différences entre les deux sexes persistent. Les jeunes filles ont tendance à retourner cette violence contre elles-mêmes: elles vont se scarifier, taper du poing contre un mur, jusqu'à se provoquer des fractures. Un élément intéressant à noter est que les jeunes filles de Narbonne avaient déjà été repérées dans leur milieu scolaire car elles se scarifiaient. Pour moi, ce fait divers, même s'il est exceptionnel par sa gravité et son degré de violence est aussi révélateur d'une autre caractéristique des adolescents d'aujourd'hui. Leur seuil de tolérance aux difficultés de l'existence est considérablement abaissé et, confrontés à une difficulté, certains préfèrent chercher à la supprimer purement et simplement. Sur le même modèle de cette jeune fille qui veut supprimer sa famille, qui vraisemblablement lui posait problème.

Une génération-zapping qui préfère supprimer les problèmes plutôt que de les affronter ...

Je note chez les adolescents en souffrance un désir d'effacer les problèmes. On change d'amis quand l'un d'entre vous blesse. On passe d'une chose à l'autre en effaçant la précédente. C'est aussi une conséquence, je pense, de la révolution numérique que nous sommes en train de vivre. Facile dans le monde virtuel d'effacer un dossier, de supprimer un ami sur les réseaux sociaux. Les adolescents préfèrent carrément tourner la page plutôt que de prendre le temps d'arranger les choses. Il ne faut pas les blâmer outre-mesure, ils sont le fruit de notre société de consommation qui les pousse à avoir des rapports de type consumériste même entre personnes humaines.

Les deux jeunes filles n'ont, selon les enquêteurs, manifesté aucune culpabilité. Elles avaient bâti tout un plan pour assassiner l'intégralité de la famille. Avez-vous souvent remarqué ce sentiment d'impunité chez les adolescents à la dérive d'aujourd'hui?

La froideur manifestée par ces deux jeunes filles est terrifiante. Les adolescents à problème «classiques» agissent sur le coup de l'émotion, dépassés par leur sensibilité et leur souffrance, et ne planifient pas leurs actes comme elles. Mais comme chez ces jeunes filles, la culpabilité est beaucoup moins présente chez les adolescents d'aujourd'hui. Encore une des conséquences de notre dérive consumériste. La société d'aujourd'hui pousse les jeunes à se considérer avant tout comme des consommateurs. Pourquoi se sentir coupable de dérober un téléphone portable quand notre monde érige comme valeur suprême de posséder de beaux objets, plutôt que d'être honnête? Poussé à l'extrême, cela donne des jeunes filles prêtes à tuer leur famille.

 

Xavier Pommereau, psychiatre et chef du pôle adolescence au CHU de Bordeaux

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Published by Famille Karibou
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